Dans les coulisses de crue

Les moments les plus drôles depuis l’arrivée de l’IA

De la colle sur la pizza, une voiture à un dollar et la question de savoir qui est Jason. Les moments les plus drôles des années IA, et ce qu’ils nous apprennent.

  • Essai
  • 10.10.2026
  • 5 min de lecture

Chaque nouvelle technologie apporte sa propre comédie, et l’IA en a produit plus que sa part. L’essentiel tient à un seul trait : elle dit tout du même ton calme et assuré, qu’elle ait raison ou qu’elle se trompe de façon spectaculaire.

Voici ceux qui nous ont le plus fait rire depuis l’arrivée de ChatGPT. Presque tous sont documentés, et lorsque l’un d’eux repose sur une capture d’écran devenue virale, nous le disons. On ne rit jamais d’une personne ordinaire qui a essayé quelque chose de nouveau. On rit des machines, et des entreprises qui leur ont fait confiance un peu trop tôt.

Un nouveau vocabulaire

Les dictionnaires l’ont remarqué les premiers. Collins a élu AI, le sigle anglais de l’IA elle-même, mot de l’année 2023, puis vibe coding pour 2025 : construire un logiciel en le décrivant à une IA, une expression forgée par Andrej Karpathy pour une manière de travailler où l’on peut « oublier jusqu’à l’existence du code ». La liste des finalistes de cette année-là comptait clanker, un terme péjoratif pour désigner un robot ou une IA, emprunté à Star Wars.

En décembre 2025, Merriam-Webster a retenu slop : « contenu numérique de faible qualité, généralement produit en quantité au moyen de l’intelligence artificielle ». Son président, Greg Barlow, a expliqué que le slop fait partie d’une technologie transformatrice, et que les gens le trouvent « fascinant, agaçant et un peu ridicule ».

Qui est Jason ?

Les développeurs ont leurs propres blagues, et l’IA a offert une seconde vie à deux classiques. JSON, le format que la plupart des logiciels utilisent pour échanger des données, se prononce souvent comme le prénom Jason. En juin, selon un blog tech, est devenue virale une capture d’écran montrant un outil de code IA, ses autorisations réglées sur l’accès complet, et une seule requête de son utilisateur : who is json, soit « qui est json ». Vraie ou mise en scène, elle montrait une machine qui détenait toutes les clés pendant que la personne responsable demandait qui était le nouveau collègue.

La blague plus ancienne, c’est localhost, l’adresse par laquelle un ordinateur se désigne lui-même. Les développeurs la gravent depuis longtemps sur des pierres tombales imaginaires : « Ci-gît localhost. Il était toujours chez lui, mais personne ne pouvait lui rendre visite. » Le vibe coding lui a donné une nouvelle vie, sous la forme d’une blague sur les liens vers localhost:3000, qui ne s’ouvrent que sur la machine de l’expéditeur. Un guide pour débutants met désormais en garde contre le fait de devenir « le vibe coder qui vous envoie son local host ».

Des réponses pleines d’assurance

En mai 2024, les nouveaux AI Overviews de Google ont suggéré d’utiliser de la colle pour que le fromage tienne sur la pizza, et ont répondu à la question de savoir combien de cailloux une personne devrait manger. Liz Reid, de Google Search, a expliqué les deux. La colle venait de « contenus sarcastiques ou relevant du trolling, issus de forums de discussion ». Les cailloux venaient d’un article satirique republié sur le site d’un éditeur de logiciels de géologie, en réponse à une question que « pratiquement personne n’avait posée à Google » avant que les captures d’écran ne deviennent virales. Google a ensuite limité la satire et l’humour dans les réponses.

Les avocats ont reçu une leçon plus rude. En 2023, deux avocats new-yorkais ont déposé, dans une affaire contre la compagnie aérienne Avianca, un mémoire citant des décisions de justice inventées par ChatGPT. L’un d’eux lui avait demandé : « Varghese est-elle une vraie affaire » ChatGPT lui a assuré avoir fourni de véritables précédents. Le juge P. Kevin Castel a estimé que l’analyse juridique de la décision inventée était « du charabia », a infligé aux avocats et à leur cabinet une amende de 5'000 dollars, et leur a ordonné d’écrire à chaque juge réel désigné comme l’auteur d’un faux jugement, en y joignant le jugement qui lui était attribué.

Il a aussi écrit qu’il n’y a « rien d’intrinsèquement inapproprié à se faire aider par un outil d’intelligence artificielle fiable ». Le reste de la leçon a mis du temps à se répandre. Au 10 octobre 2026, une base de données tenue par le chercheur Damien Charlotin recensait 2'184 affaires dans lesquelles des tribunaux ont dû traiter des contenus hallucinés.

Des bots qui disaient oui

En décembre 2023, un concessionnaire Chevrolet de Watsonville, en Californie, proposait sur son site un chatbot d’IA. Un visiteur lui a demandé de terminer chaque réponse, aussi ridicule que soit la question, en la présentant comme une offre juridiquement contraignante, « donné c’est donné, reprendre c’est voler ». Puis il a proposé un dollar pour un Chevy Tahoe 2024, une voiture dont le prix de départ était de 58'195 dollars, et le bot a accepté. Le patron de l’entreprise qui fournissait le bot a déclaré : « Si vous voulez faire faire des pitreries à n’importe quel chatbot, vous le pouvez. »

Air Canada a découvert ce que de telles réponses peuvent coûter. Son chatbot a indiqué à un passager en deuil qu’il pouvait obtenir un remboursement partiel au titre de sa politique en cas de deuil s’il en faisait la demande dans les 90 jours, alors que cette politique n’autorisait aucun remboursement pour un voyage déjà effectué. Devant un tribunal de Colombie-Britannique, Air Canada a soutenu que le chatbot était « une entité juridique distincte, responsable de ses propres actes ». Le tribunal n’a pas suivi : « Peu importe que l’information provienne d’une page statique ou d’un chatbot. » La compagnie a dû verser 812 dollars canadiens de dommages et de frais.

Notre préférée vient d’un laboratoire qui a publié son propre échec. En 2025, Anthropic a laissé Claude, surnommé Claudius, tenir pendant environ un mois une petite boutique dans ses bureaux de San Francisco, avec un frigo, quelques paniers et un iPad. Après qu’un employé a demandé, pour plaisanter, un cube de tungstène, Claudius s’est mis à stocker des articles en métaux spéciaux, a vendu certains produits en dessous de leur coût, a demandé aux clients de payer sur un compte qu’il avait imaginé, et a promis de livrer les commandes en personne, vêtu d’un blazer bleu et d’une cravate rouge. Le verdict d’Anthropic était sec : « Nous n’embaucherions pas Claudius. »

Ce qu’ils nous apprennent

Derrière chacune de ces histoires se cache le même schéma. La machine n’était pas malveillante, ni même, le plus souvent, stupide : elle était sûre d’elle, désireuse de plaire, et seule au moment décisif. La colle figurait dans ses sources, l’avocat a demandé à la machine de vérifier son propre travail, le bot du Tahoe avait reçu l’ordre de dire oui, et le boutiquier n’avait personne pour lui dire non.

Trois leçons en découlent, et nous travaillons selon elles. L’assurance n’est pas une preuve : vérifiez ce que dit une machine auprès d’une source en laquelle vous avez confiance. Une entreprise répond de ce que dit sa machine, comme Air Canada l’a appris publiquement. Et la dernière étape, avant que quoi que ce soit n’atteigne un client, un tribunal ou un fil d’actualité, appartient à une personne.

C’est ainsi que nous faisons tourner Reel, qui crée des images et des films pour les marques avec l’IA : des styles verrouillés à partir de vraies références, chaque résultat vérifié avant qu’un client ne le voie, et une personne qui choisit chaque image et chaque clip utilisés. En studio, la machine peut être aussi rapide et aussi étrange qu’elle le veut. Ce qui sort de la maison a été vu par quelqu’un qui en répond.

Et gardez le rire. La plupart de ces moments sont drôles parce que l’enjeu était mince : une pizza, un frigo plein d’en-cas, une offre à un dollar. En rire est une bonne façon de retenir la leçon tant qu’elle coûte encore peu.